Perdre le nord - 11 - Si del cielo te caen limones

Posted: miércoles, 17 de junio de 2015 by magali in Etiquetas:
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Déjà les adultes avant vous l’ont fait. Le comportement n’a rien d’inédit.

Quelles que soient les conversations de jeunesse qui ont pu avoir lieu, les certitudes exprimées et les critiques émises, le résultat est là : une tuile.

Garder le secret dans un premier temps sera le réflexe le plus communément partagé. Diffuser la nouvelle au compte-gouttes, choisir l’oreille, trier les tympans parmi tous les tympans, en écarter encore certains.

Le temps passe. La tuile se transforme en quelque chose de  familier, de plus en plus familier pour vous. Vous remarquez que vous vous êtes organisé, habitué, sans doute conformé.

D'autre part, la nouvelle s’est répandue sans que vous n’y soyez pour quelque chose. Le bouche à oreille a travaillé pour vous.

Economie d’explications.
Parade aux justifications.
Dérobade aux longues conversations.
Issue aux analyses malcommodes.
Porte de sortie.


Aucun tympan désormais n’est vierge. Tous savent. Ça s’est su.

Il n’y a plus rien à en dire. Il n’y a plus rien à dire.


Option un : Choisir subtilement le premier tympan afin que le secret se diffuse selon votre volonté.

Option deux : Doser le temps nécessaire. Envisager qu’il peut s’agir de plusieurs mois, voire quelques années. S’en remettre néanmoins à la chaîne du bouche à oreille afin d’éviter les secrets de famille. Vous vous éloigneriez du but recherché.

Option trois : Savourer le gain de ne pas avoir eu à dire certaines choses plutôt que l’idée que vous vous êtes sacrifié, résigné ou pire que vous avez souffert, subi. Remarquez combien votre entourage s’est habitué facilement à cette nouvelle puisque cela n’en a jamais été vraiment une. Pourtant votre enfant est homo. Pourtant vous êtes géniteur sans l’avoir souhaité. Pourtant vous êtes marié(e) avec la personne à laquelle vous n’auriez jamais pensé dire oui. Pourtant, pourtant…


Ouka lele, artista española, peluquería, limones.

Perdre le nord - 10 - Real maravilloso

Posted: jueves, 28 de mayo de 2015 by magali in Etiquetas:
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Changer de vision demande un certain temps.
Commencer par laisser la peau respirer à l’air libre.
La peau, les membres, sont au contact de l’air. Eviter les couches de vêtements qui empêchent.

Proscrire les pas saccadés, encore plus la course folle.
Ne pas courir mais marcher en sentant l’air qui se déplace, enveloppe et accueille. L’esprit agité par une démarche rapide ne peut pas sentir. Courir devient ridicule. Suicidaire. Se laisser flotter dans l’espace qui entoure, sentir comme chaque pas chaloupe harmonieusement.

L’esprit ainsi dégagé est prêt à recevoir les signes multiples qui ne manquent pas.

Le bruit et l’enfermement de l’orage tropical autour de soi.
L’apparition en quelques secondes d’un soleil éclatant. Les rayons qui percent, sèchent instantanément vêtements et chaussée.
La fumée qui s’élève du sol. Le halo de lumière qui vient d’en haut.

La répétition d’une couleur devient significative. Penser au soleil. Le jaune sous toutes ses nuances : depuis l’orange jusqu'au doré. Voir la lumière. La couleur de la mangue, celle de la fleur de tournesol. Remarquer la peau de la goyave, celle du potiron et celle de la papaye. Voir le cœur de la sapotille, les bijoux qui scintillent aux cous et aux poignets. Comprendre le pourquoi du rhum ambré.
Observer les nuages. le blanc des colombes. Le blanc de la meringue ou du lys. L’argent des bijoux aux cous et aux poignets. Les pendentifs en corne d’animal. D'os. La poudre de la craie qui trace un trait. Le trait de la craie qui fait sens jusqu'au cerveau. Blanc comme le cerveau.
L’alliance de deux couleurs fait également sens.
Comprendre, demande une certaine expérience.
En général l’apprentissage se fait très tôt car changer de vision demande un certain temps.

Option un : Ne pas penser que l’affaire est question de couleur.

Option deux : Faire l’expérience avec une autre couleur demande le même temps.


Option trois : Consulter les spécialistes permet d’accéder plus profondément à la connaissance de ce monde qui, quoi qu’en pensent certains, est bien réel.
Denis Núñez Rodríguez "Fin de año".

Perdre le nord - 9 - Hija de Ochún

Posted: jueves, 14 de mayo de 2015 by magali in Etiquetas:
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Aligner les produits sur le rebord de la douche. Pencher la tête en avant. Empoigner le premier flacon et commencer le traitement. Sentir combien les yeux piquent. Envelopper les cheveux d’une serviette de toilette, vieille de préférence. Laisser agir.
Quitter la salle de bain pendant ce temps. S’asseoir sur le canapé et ouvrir le magazine. Voir les modèles. Scruter les détails des modèles. Rêver de s’en approcher. Résister aux picotements de plus en plus gênants. Se concentrer sur le modèle. Garder un œil sur les minutes qui passent lentement.
Rincer.
Sentir la transformation dans l’eau sombre qui s’écoule. Tombe de votre chevelure vers le fond de la douche. Glisse dans le tuyau. Va dans l’égout.

Empoigner le second flacon et appliquer à l’aide d’un peigne après avoir enfilé les gants. Peigner tous les recoins du crâne. En avant. En arrière. De côté. Du crâne à la pointe. Peigner. Respirer l’odeur âcre. Laisser agir.
Quitter la salle de bain pendant ce temps. S’asseoir sur le canapé et ouvrir le magazine. Voir les modèles. Scruter les détails des modèles. Rêver de s’en approcher. Résister aux picotements de plus en plus gênants. Se concentrer sur le modèle. Sentir le mimétisme agir. Sentir la transformation opérer à l’intérieur. Prononcer quelques mots d’anglais. Quelques mots de français. Avancer les lèvres en une moue Poupoupidou… Garder un œil sur les minutes qui passent lentement.
Rincer.

Entourer les cheveux blonds d’une serviette propre. Neuve de préférence. Neuve comme les cheveux blonds qui gouttent à l’intérieur. Sécher grossièrement à l’aide de la serviette.  Empoigner alors l’avant dernier flacon, procéder au shampoing rinçant. Sentir la mousse dans les doigts et sur la nuque. Sentir aussi sur les tempes. Frotter en souriant car les yeux ne piquent plus. Le crâne est soulagé. L’odeur fruitée du shampoing enveloppe narines, tête, mains, salle de bain. L’odeur douce de fruits nouveaux. Sentir l’exotisme arriver. Cerise. Voir la coupe de fruits sur la table basse du magazine. Pèche. Imaginer les couleurs des fruits à quelques mètres des cheveux blonds. Cerise. Pèche. Poire. Prononcer Poupoupidou-cerise. Sentir la transformation. Poupoupidou-pèche. Poupoupidou-poire. 
Rincer.


Ne pas quitter la salle de bain. Empoigner le dernier flacon d’après-shampoing. Le retourner. Presser pour obtenir une cerise suffisante de produit dans le creux de la main. Sentir l’odeur identique. Les fruits exotiques arrivent en coupe sur la table du magazine. Appliquer l’après shampoing à l’aide du peigne propre. Du crâne à la pointe. Observer entre les doigts les mèches de cheveux. Blond obscur sur cheveux mouillés. Bronde. Blond ombré. Blond miel. Garder les yeux fixés sur le miroir qui renvoie l’image des cheveux qui sèchent. Sentir la transformation se parfaire. Avancer les lèvres en une moue blond-poupoupidou. Blond-sexy. Blond-magazine. Blond-Bardot. Blond-belle. Blond-nordique. Blond-Hollywood. Blond-riche.

Option un : S’asseoir sur le canapé peut signifier tout aussi bien s’allonger sur le lit, l’important dans cette étape c’est : « ouvrir le magazine » et «Sentir le mimétisme agir. Sentir la transformation opérer à l’intérieur ». 

Option deux : Prononcer Poupoupidou n’est pas obligatoire. Le but ici est d’apprendre à avancer les lèvres. Prononcer amouououour par exemple ou jeeeeeeeeee veueueueueux.


Option trois : Se rendre dans un salon de coiffure et laisser faire la transformation en feuilletant plusieurs magazines. Payer.

Denis Núñez Rodríguez, Como un árbol viejo pero llenito de manzanas.

Perdre le nord - 8 - Celebrar Ochún

Posted: domingo, 19 de abril de 2015 by magali in Etiquetas:
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Monter dans ce taxi après avoir dansé une partie de la nuit. Laisser l’autre donner l’adresse vers la direction inconnue. Faire une place sur la banquette arrière à son corps. Sentir les cuisses se coller, le bras enlacer. Ignorer le regard du chauffeur dans le rétroviseur intérieur. Coller les bouches, glisser les lèvres, mélanger les langues et la salive sans crainte. Décoller doucement vers le langage des mains.
Descendre du taxi et main dans la main suivre.
Reprendre le langage des corps entre quatre murs, porte fermée. Un espace sans limite s’offre. L’investir sans règles établies, aucun découpage n’a de sens. Plus de règles, plus de temps, plus de catégories, plus d’âge, plus de mots ordonnés. Revenir au langage primitif des mains, de la bouche, des yeux et du nez. N’entendre que les respirations qui se chevauchent, s’entrelacent, se complètent, se mêlent à un rythme impeccable, sans précédent et à la fois vieux comme le monde.
Perdre le temps. Voyager. Voler, flotter, planer.
Ignorer le taxi du retour.

Option un : L’étape taxi et «dansé une partie de la nuit » peut être substituée par n’importe quelle autre étape.

Option deux : Donner l’adresse vers une direction connue est tout à fait possible.


Option trois : "entre quatre murs, porte fermée"
Adrián Fernández Milanes , serie "del ser o del parecer"
n’est pas obligatoire.

Perdre le nord - 7- Viaje a la semilla

Posted: jueves, 9 de abril de 2015 by magali in Etiquetas:
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Réserver du temps mort. Dire non aux propositions. Ignorer le mouvement.
Les autres s’agitent, rester tranquille.

Plier le calendrier, n’exposer que l’image des chiots dans leur panier, les mésanges dans leur nid, le coucher de soleil sur Ayers rock, faire disparaître les jours, les numéros.

Aller à contre courant : ne rien avoir à raconter sur Rome, sur Séville ou sur Lisbonne. Ne pas se les « faire », ne pas « faire ». Ne même pas envisager de se « faire » l’Inde ou encore le Japon.

Coller au quotidien en toute quiétude. S’ennuyer et en profiter. Profiter.

Lire le titre et regarder l’image. Regarder le titre et lire l’image. Ouvrir la page, l’autre et l’autre encore. S’en aller au fil des mots, découvrir, sentir la curiosité qui fait tourner les pages jusqu'au pincement de cœur à la dernière page. Lire et regarder à nouveau le titre, la date de publication, le titre en Version Originale, chercher encore des notes sur l’auteur, chercher la liste des autres titres comme une promesse nouvelle. Réserver du temps pour cela.

Accepter de ne pas partager ces voyages. Impossible de « faire » Cent ans de solitude. Impossible de « faire » Un monde pour Julius. Impossible de « faire » Thérèse l’après-midi. Impossible de « faire » L’écume des jours. Impossible de « faire » La vie devant soi. Impossible de « faire » Paroles. Impossible de « faire » Moderato Cantabile


Réserver du temps mort. 
Prendre un crayon. 
Ecrire. 
Ne même pas envisager de partager ces voyages. Aller à contre courant. 
Raconter. Entrer dans le tourbillon des activités. Chercher le mouvement. 
Réserver du temps pour faire. 


Option un : "ouvrir la page" peut être remplacé par mettre le CD dans le lecteur et appuyer sur lecture.

Option deux : Prendre un crayon signifie aussi pianoter sur le clavier.

Option trois : "Réserver du temps pour faire" sera probablement verbalisé par : je me suis reposé(e).
José Fuster, escultor cubano

Perdre le nord - 6 - Elegguá abre caminos

Posted: domingo, 29 de marzo de 2015 by magali in Etiquetas:
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Tourner le dos. Décider de regarder vers l’avant. Cette décision est sans aucun doute la seule solution, un sauve qui peut.
Ne pas écouter les plaintes de la grand-mère qui a mal à la vie. Ne pas compter l’argent qui manque pour arriver à la fin du mois. Ne pas juger les décisions qui éclaboussent. Se concentrer sur bientôt, sur un jour...
Ne pas répondre aux arguments : deux enfants c’est un minimum pour constituer une famille, quand même ! ou : arrêter l’école ! à quoi bon étudier ? Travailler dès que possible. Gagner l’argent.

L’argent à ne pas compter, celui qui manque pour arriver encore à la fin du mois.

Écarter toute possibilité de se joindre à ces leitmotivs : ne pas faire de famille, ne pas faire d’enfants, ne pas compter l’argent et étudier encore, encore un peu, encore ce qu’il faut.
Laisser les autres. Regarder vers l’avant. Ne pas s’angoisser si l’avant, le là-bas, le bientôt, le un jour, n’est qu’une image floue. Croire.

Apprécier cette réalité qui peu à peu va remplacer l’image floue. Apaiser la voix de la grand-mère qui continue par moment à geindre dans les oreilles. Aimer les deux enfants désormais rajoutés à cette famille. Pardonner le choix de travailler déjà sans étudier vraiment.

Apprécier surtout la nouvelle réalité, le bientôt devenu maintenant, le un jour transformé en familier.
L’argent suffit à peine ? mais il ne manque plus pour arriver à la fin du mois. Savourer cette victoire primitive. Savoir que c’est la première dans la famille. Accepter le dos tourné à la famille. Ne pas compter les kilomètres qui séparent de la famille. Ne pas téléphoner trop souvent. Ne pas ouvrir les mails chaque semaine. Maintenir les kilomètres là où ils sont. Maintenir les kilomètres du sauve qui peut.

Option un : Se fixer les dates auxquelles parcourir la distance à rebours. Retourner. Revenir. Entendre. Compter. Aimer. Pardonner.. Donner une partie de l’argent qui suffit à peine. Donner amour.


Option deux :  Se perdre soi-même dans ces kilomètres. (fortement déconseillé).
R.E.C - Kcho, 2006 - artista cubano

Perdre le nord - 5 - Latin Lover

Posted: jueves, 5 de marzo de 2015 by magali in Etiquetas:
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Accepter qu’il patiente des heures sur le muret en face de votre lieu de travail. Sortir de votre travail sans hâte et l’y rejoindre.
Entendre en souriant et plissant légèrement les yeux, les lèvres entrouvertes - ou pas – lorsqu’il dit que tu es belle ! que tes vêtements sont ravissants ! que tes cheveux brillent et sentent bon ! que tu es belle ! Tu es unique !
Se laisser prendre la main ou la taille et guider lentement. Emboîter les pas et marquer les mêmes pauses. Ne pas demander où l’on va.
Ecouter les mots gentils qui ponctuent les phrases, mon cœur, princesse, ma puce, mon amour, chaton, ma biche, bébé, chou, mon lapin, ma belle, mon biquet, chérie, mon ange, bijou, ciel, ma beauté, mon trésor et découvrir avec ravissement les autres. Les inventés. Louloute, Minou, chatounette, Chouchou, Couquette, Mimi, Bichon, Coco, Pupuce, Bichette, Bichoune, Bichounette, Bibi, Minet... Et les inédits que seul lui saura dire.
Répondre merci à ses petites exclamations Hum ! J’aime ton parfum ! Oh là là ! Tes mains sont si petites et si belles ! C’est mimi ! Tes pieds sont tellement gracieux ! Vraiment ! Tu es ma plus belle femme !
Répondre merci de la même façon - sans plus d’empressement - lorsqu'il vous accompagne où que vous alliez. Vous invite ce soir au concert. Vous achète une fleur. Vous offre une glace, un jus de fruit, une friandise et peut-être de temps en temps un restaurant et plus rarement un week-end. Vous fait sentir femme comme il le souhaite, comme ses mots et ses regards le disent.
Dire merci.
Resplendir.
Onduler.
Dire merci.
Flotter dans une féminité sans limites.
Etre belle.
Dire merci.
Profiter.
Resplendir.

Option un : Ne pas le rejoindre sur le muret à chaque fois, permet de faire durer les phases suivantes plus longtemps.

Option deux : Emboîter les pas un certain temps puis arrêter de le faire et suivre un autre chemin permet également de faire durer les phases suivantes plus longtemps.

Option trois : Ne pas sentir que votre cœur bat plus fort, ni que vous avez des papillons qui volent dans l’estomac. Seulement se concentrer sur : « Répondre merci de la même façon – sans plus d’empressement ». Permettre ainsi que lorsqu’il ne patientera plus sur le muret en face de votre travail il y a des chances pour que vous sortiez de votre travail sans hâte et y rejoigniez en souriant et plissant légèrement les yeux, les lèvres entrouvertes - ou pas – celui qui ne manquera pas de dire que tu es belle ! que tes vêtements sont ravissants ! que tes cheveux brillent et sentent bon ! que tu es belle ! Tu es unique ! 
Alimentando el alma, (110x110) - Jesús Nodarse, 2005 Pintor cubano

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